Eric Souêtre


Ruine
2026


Projet
Mix media / huile sur toiles
2024-2026

12-22 mars 2026
Galerie Éphémère
21 rue Debelleyme, 75004 Paris FR

L’intégralité des recettes issues de la vente
des œuvres reviendra à MSF.





Ruines n°25 : Mixed media / Huile sur toile 150x100cm



« La ruine apès la ruine »


La ruine après la ruine, la guerre après la guerre. Y a-t-il une étape intermédiaire pour parler de l’indicible, lorsque tout a été détruit, rasé, annulé - et que rien n’est encore reconstruit ?

Eric Souêtre, artiste polymorphe, propose sa voie intermédiaire : « traiter » la ruine telle qu’elle  « passe » à notre portée et disparait - avant d’en avoir mesuré l’impact.

Ces images de ruines ont été captées par des drones, dans le cas de Gaza, entre mai 2024 et octobre 2025 et diffusées sur France Télévision, Reuters, la BBC.

Lui les attrape et les retraite – il en va de sa survie.

Tout d’abord, effacer toute trace de l’humain et de son activité – le travail, avec Photoshop, est systématique.

Une fois dévitalisée, la capture de ruine est imprimée sur toile – pour cette exposition, 8 toiles de 150/100 et 70/50.

Le « retraitement » peut commencer : dans le laps de temps de l’immobilisation au « lâcher », - nous, le public, serons là pour recevoir l’œuvre - , l’artiste laisse libre court à son émotion, assis, debout devant sa toile, il arrête le temps, colorise en tons de bleu et de gris, fait naitre du bout de son pinceau le frémissement d’une vie.

On ne parle pas de reconstruction, non, trop tôt, on parle de la possibilité d’une vie, entre destruction et reconstruction, – comment « inséminer » les ruines, comment re-sensibiliser le théâtre d’une possible  reconstruction.

Ce tour de magie, seul l’artiste peut le faire.

A Gibellina, en Sicile, les ruines du village entièrement détuit par le tremblement de terre de 1968 ont été coffrées dans le ciment par le plasticien Alberto Burri. Traversées de tranchées suivant le parcours des rues de l’ancien village, lui-même reconstruit à 9 kilomètres de là et comportant 2000 oeuvres d’art contemporain.

L’ œuvre s’appelle « Grande Cretto », « la grande fissure ».

Au fil des seize œuvres proposées à la galerie Ephémère, c’est toute une thérapie de la ruine que propose Eric Souêtre – se les réapproprier, pour mieux les dépasser.

En souvenir de l’époque où le jeune interne en psychiatrie gagnait son argent de poche aux commandes d’un avion en livrant des colis pour Médecins Sans Frontières, l’intégralité des recettes issues de la vente des œuvres reviendra à MSF.


Texte par Thérèse Fournier



Ruines n°8 : Mixed media / Huile sur toile 70x50cm


Ruines n°12 : Mixed media / Huile sur toile 150x100cm


Pourquoi les ruines ?

Mon intérêt pour les ruines date de la découverte des Stadtbild de Gerhart Richter exposés en 2014 au musée de Baden-Baden et de la visite de l’exposition au Louvre en 2016 sur Hubert Robert.

A l’opposé de la vision romantique des ruines synonymes d’une histoire lointaine, de la fuite du temps, ou encore de la fragilité de notre condition, je m’intéresse, comme de nombreux praticiens, aux ruines « récentes », celles issues des dégradations rapides dues à des raisons économiques (habitat abandonné, friches industrielles, etc.), écologiques (dégâts climatiques) ou encore géopolitiques (attentats, conflits).

Je conçois les ruines comme une mémoire collective. Loin du ruin porn lié au déclinisme ambiant, ce n’est pas l’usure du temps qui m’intéresse, mais l’impact d’un acte humain délibéré. D’où mon attrait pour les ruines de guerre.





Ruines n°15 : Mixed media / Huile sur toile 150x100cm





Ruines n°17 : Mixed media / Huile sur toile 70x50cm




Pourquoi Gaza ?

Enfant d’après-guerre, j’ai été imprégné de récits familiaux de privation, de violence et d’enfermement. Meurtri par le contexte géopolitique actuel, mon propos est d’évoquer une anticipation en illustrant l’intentionnalité de certaines destructions.

C’est pourquoi, probablement influencé par la saturation médiatique récente – du massacre du 7 octobre 2023 à la guerre dans l’enclave –, j’ai choisi comme support – et non comme sujet central – les destructions à Gaza.

Contrairement aux ruines de guerre « classiques » (Seconde Guerre Mondiale, Ukraine, etc.), les ruines de Gaza révèlent deux formes de destruction : d’une part, le bâti éventré, qui résulte directement du conflit, notamment des bombardements ; d’autre part, l’amoncèlement de gravats, qui évoque un anéantissement, une disparition organisée.

C’est le passage de l’une à l’autre qui m’intéresse.

Méfiant envers la fascination pour l’esthétique de la catastrophe, mon propos n’est pas politique : je cherche à illustrer ce glissement d’une dégradation subie à une destruction voulue.


Pourquoi l’absence de traces humaines ?

Mon propos n’est pas « d’esthétiser » l’image de guerre, mais de documenter la disparition de l’humain.

L’utilisation d’images prises en surplomb par des drones permet une mise à distance tout en amplifiant le sentiment d’écrasement que la photographie aérienne ne permettrait pas.

En pratique, cette « déshumanisation » est aussi obtenue par l’effacement « digital » des corps et des objets. En revanche, émotion et sensibilité sont introduites par l’usage de la peinture, notamment par ses empâtements.



Quelle technique ?

Ma technique est simple et pragmatique : je cherche à réduire le temps entre conception et réalisation. En tant qu’entrepreneur, je privilégie l’efficience. En bref, La technique m’ennuie.

Mon travail superpose toujours photo et peinture. C’est une approche banale depuis le milieu du XXème siècle. Ce que je produis n’est ni vraiment l’un, ni non plus l’autre.

J’utilise la photo (capture de vidéo pour être précis) pour son caractère « objectif » (bien que mes choix d’images et de cadrages ne soient pas neutres : je choisis des points de vue qui « écrasent » les ruines). La photo me permet d’éloigner toute idée de fiction ou de narration.

Je sélectionne des vidéos prises par drones, publiées dans des media que je consulte (cités un peu plus loin), et dont je tire des captures d’écran. Le choix des captures et du cadrage vise à réduire toute narration et à insister sur cette impression d’écrasement, d’affaissement, d’anéantissement, de disparition.

Ces images sont ensuite travaillées en les « simplifiant » par usage de différents filtres digitaux, éliminant les détails inutiles et amplifiant le caractère chaotique des destructions. Les couleurs sont abolies au profit d’une monochromie froide. Les traces humaines sont gommées (personnages, voitures, Etc.). Restent les gravats et les bâtiments éventrés.

Ces images sont retravaillées à l’huile par superposition d’aplats et d’empâtements. La peinture – il s’agit d’une couche de peinture appliquée sur la photo (projetée ou imprimée) – vise à esthétiser le sujet laissant ainsi place à l’émotion. L’hybridation des mediums me permet d’introduire du « geste » dans l’image mécanique.

Quant à la monochromie, que j’ai souvent utilisée dans le passé, elle procède dans ce travail de variations chromatiques – en réalité des tonalités tirant légèrement sur le bleu et le vert – qui visent à renforcer le caractère gestuel et émotionnel de la peinture.

L’efficacité esthétique de la peinture, amplifiée par la monochromie, pourrait paraitre comme « malsaine », voire obscène. Mais est-il inconvenant de peindre la disparition et la douleur ?

Si « l’absence » de couleur invite à la méditation et à la réflexion, la texture chromatique convoque le sensible et l’affect.

Derrière l’embellissement des ruines se cache peut-être une tentative de réparation.



Références

Ruines, Michel Makarius
Flammarion, 2004

The timeless allure of ruins; Paul Cooper,
BBC 16-01-2018

Natalie Coural. Les Patel : Pierre Patel et ses fils (1605-1676), le paysage de ruines à Paris au XVIIe siècle (Arthena, 2001)

Nicole Dacos. Roma Quanta Fuit : ou l’invention du paysage de ruines (Somogy ; Mus.e de la Maison d’Erasme, 2004)

Brian Dillon. Ruins (Whitechapel Gallery ;
MIT press, (2001)

Guillaume Faroult. Hubert Robert, 1733-1808 : un peintre visionnaire (Somogy Editions d’art ; Louvre E.ditions, 2016)

Wu Hung. A story of ruins : presence and absence in chinese art and visual culture(Princeton university press, 2012)

Monica Preti. Villes en ruine : images, mémoires, métamorphoses (Hazan ; Louvre .Editions, 2015)

Le Temps en ruines Marc Augé
Galile, 2003




Ruines n°19 : Mixed media / Huile sur toile 70x50cm



Ruines n°23 : Mixed media / Huile sur toile 150x100cm




Ruines n°24 : Mixed media / Huile sur toile 150x100cm




Ruines n°29 : Mixed media / Huile sur toile 150x100cm




Ruines n°31 : Mixed media / Huile sur toile 70x50cm




Certaines images sont issues de
captures d’écran de courtes vidéo
prises par des drone entre mai 2024
et octobre 2025, notamment par:

BBC
FRANCE TELEVISION
REUTERS
AL JAZEERA
BFMTV
THE GUARDIAN
NBC NEWS
Remerciements à:

Médecins Sans Frontières, qui sera
bénéficiaire de l’intégralité des recettes
issues de la vente des œuvres.




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